Le nombre de morts au TT de l'île de Man et ce qui rend la course si dangereuse

Selon les articles, le Tourist Trophy aurait fait 263, 265, 267 ou 271 morts. Ces chiffres ne se contredisent pas vraiment : ils ne comptent pas la même chose, ni à la même date. Voici un bilan vérifié au 23 septembre 2026, avec le détail des éditions récentes, ce qui explique ce danger et ce qui a changé depuis l'hécatombe de 2022.

Combien de morts compte le TT de l'île de Man ?

Au 23 septembre 2026, 273 pilotes ont trouvé la mort sur le Mountain Course depuis 1911. Ce total additionne le TT, le Manx Grand Prix et le Classic TT, qui empruntent le même circuit. Il faut y ajouter 17 autres victimes recensées : commissaires, spectateurs, officiels ou participants hors course.

Ce total vient de la liste nominative des victimes, établie à partir des archives de la presse de l'île. Il explique les écarts que vous rencontrerez : chaque article fige le compteur à sa date de publication, et beaucoup mélangent le TT seul avec l'ensemble des épreuves disputées sur le tracé.

Deux précisions changent la lecture de ces chiffres. D'abord, le TT existe depuis 1907, mais ses premières éditions se couraient sur un parcours plus court, à St John's. Le premier mort du Mountain Course, Victor Surridge, s'est tué à l'entraînement en 1911, à Glen Helen. Ensuite, le TT de juin ne représente qu'une partie du total : selon les décomptes, entre 150 et 160 décès. Le reste est survenu au Manx Grand Prix, l'épreuve de fin d'été réservée aux amateurs, et au Classic TT.

Pourquoi le TT de l'île de Man est-il si dangereux ?

Parce qu'il se dispute sur des routes publiques, fermées à la circulation le temps des courses : 60,7 km bordés de murs, de trottoirs, de poteaux et de maisons, sans zone de dégagement. Le record du tour dépasse 219 km/h de moyenne, villages compris. À cette vitesse, la moindre erreur se paie contre un obstacle fixe.

Ce record appartient à Peter Hickman : 136,358 mph, soit environ 219,4 km/h, établi le 9 juin 2023 en Superstock et toujours debout après l'édition 2026. C'est une moyenne sur un tour qui traverse Douglas, Kirk Michael et Ramsey avant de grimper sur les flancs du Snaefell. Sur les lignes droites, comme celle de Sulby, les vitesses de pointe sont bien plus élevées.

Le nombre de virages montre à lui seul le flou qui entoure le TT : on lit 219, 264 ou plus de 300 selon la manière de compter les courbes rapides. Pour le pilote, peu importe le chiffre exact. Aucun de ces virages ne pardonne, et une sortie de route ne finit pas dans un bac à gravier mais contre un mur de pierre, ou dans une haie qui cache un talus.

Deux facteurs propres à l'île s'ajoutent au tracé. La météo peut différer d'un bout à l'autre du parcours, entre la côte et la montagne. Et la chaussée, qui sert toute l'année, n'a jamais la régularité d'un circuit. L'enquête sur la mort de Louis O'Regan, au Manx Grand Prix 2024, s'est longuement penchée sur une infiltration d'eau à l'approche de Kate's Cottage, qu'une commissaire disait observer et signaler depuis 2022.

Les éditions les plus meurtrières et le bilan des années récentes

Contrairement à une idée répandue, 2022 n'est pas l'édition la plus meurtrière de l'histoire. Avec six morts, elle égale 1970. L'année la plus noire sur le circuit reste 2005 : onze décès, dont trois pilotes et une commissaire au TT de juin, puis six pilotes et une personne présente au bord du tracé lors du Manx Grand Prix.

Le bilan 2022 est souvent raconté de travers. Le Gallois Mark Purslow meurt en qualifications le 1er juin. Le 4 juin, l'équipage français César Chanal et Olivier Lavorel chute à Ago's Leap, à moins de deux kilomètres du départ du premier side-car. Les organisateurs annoncent d'abord la mort de Lavorel, puis reconnaissent quelques jours plus tard une erreur d'identification : c'est Chanal, le pilote, qui a été tué sur le coup. L'enquête a établi que les deux hommes avaient échangé leurs plaques d'identité, sans pouvoir expliquer pourquoi. Grièvement blessé, Lavorel est mort en octobre 2022. Entre-temps, le Nord-Irlandais Davy Morgan, 52 ans, s'était tué en Supersport, suivi de Roger et Bradley Stockton, père et fils, au même endroit lors du second side-car.

Depuis, le bilan a nettement changé :

  • 2023 : l'Espagnol Raúl Torras Martínez se tue le 6 juin à Alpine Cottage, dans le dernier tour de la première course Supertwin.
  • 2024 et 2025 : aucun mort au TT, soit deux éditions de suite sans décès, un fait rare dans l'histoire de l'épreuve. Le Manx Grand Prix 2024 a en revanche coûté la vie à l'Irlandais Louis O'Regan.
  • 2026 : Daniel Ingham, 33 ans, meurt en qualifications le 27 mai à Doran's Bend. Selon la liste des victimes du circuit, deux pilotes ont ensuite perdu la vie au Manx Grand Prix d'août.

Le cas d'Ingham montre que l'expérience ne protège pas de tout. Il disputait son premier TT, mais roulait sur le Mountain Course depuis 2016 et avait gagné le Senior du Manx Grand Prix en 2024. Quelques jours plus tôt, Alan Oversby, 68 ans, s'était tué lors des Pre-TT Classic Road Races. Sa mort n'entre pas dans le décompte du Mountain Course : ces courses se disputent sur le circuit de Billown, près de Castletown.

Des spectateurs et des commissaires parmi les victimes

Le décompte ne se limite pas aux concurrents. Au Senior TT 2007, la chute de Marc Ramsbotham au 26th Milestone a tué le pilote et deux spectateurs. En 2005, la commissaire April Bolster est morte à Kirk Michael pendant le Senior TT. En 1986, un cheval effrayé par un hélicoptère a sauté sur la route et percuté l'Irlandais Gene McDonnell, tué sur le coup.

L'édition 2026 a rappelé que le risque existe aussi au bord de la route : la presse spécialisée a rapporté un incident ayant blessé huit spectateurs pendant la semaine d'essais, puis un spectateur touché lors d'un accident de side-car.

Ce qui a changé côté sécurité depuis 2022

Après 2022, l'organisateur ACU Events a lancé une enquête sur chaque accident, avec une méthode d'analyse des causes profondes. Le chantier avait toutefois commencé avant : un nouveau système de gestion de la sécurité, présenté fin 2021, s'appliquait déjà à l'édition 2022. Ses principales mesures :

  • des grilles de départ limitées à 50 pilotes par course ;
  • un suivi GPS de chaque machine, obligatoire depuis 2023, qui permet à la direction de course de localiser immédiatement une chute ;
  • des drapeaux rouges numériques, étendus aux drapeaux noirs en 2023, et une vidéosurveillance d'une partie du parcours ;
  • la fin des essais sous la pluie et des séances matinales, et un tour de chauffe avant les courses ;
  • depuis 2025, une visite médicale de chaque concurrent sur place, avant la semaine d'essais.

En 2026, les organisateurs sont allés plus loin. Après deux accidents en début de semaine, ils ont suspendu toute la catégorie side-car pour le reste de l'épreuve, une décision sans précédent. Les deux éditions sans mort de 2024 et 2025 suggèrent un effet de ces mesures, sans le prouver : sur une course où une seule chute change le bilan d'une année, deux ans ne suffisent pas à établir une tendance.

Pourquoi l'île de Man ne renonce pas au TT

L'argument économique existe, mais il est souvent mal présenté. L'île de Man n'appartient ni à l'Angleterre ni au Royaume-Uni : c'est une dépendance de la Couronne britannique, dotée de son propre parlement, le Tynwald. Elle ne vit pas non plus principalement du tourisme : l'assurance et les jeux en ligne représentent chacun environ 17 % de son revenu national.

Le TT pèse pourtant lourd dans l'économie touristique de l'île. Selon l'enquête menée pour le ministère des Entreprises de l'île, les visiteurs du TT 2025 ont dépensé 51,9 millions de livres, soit 1 015 livres par personne en moyenne, ce qui correspond à environ 51 000 visiteurs. Rapportée aux quelque 433 millions de livres générés par le tourisme sur toute l'année, cette quinzaine représente un peu moins de 12 % du total. Le gouvernement manxois détient les droits de l'épreuve et en assure la promotion : ce n'est pas un événement privé qu'une autorité extérieure pourrait interdire.

Le débat sur l'avenir de la course n'a rien de nouveau. Après la mort de l'Italien Gilberto Parlotti en 1972, Giacomo Agostini a boycotté l'épreuve, et le TT a perdu sa place au championnat du monde après 1976. Il a survécu en devenant une course à part, que les pilotes choisissent en connaissant le risque. Pour juger de l'effet des nouvelles règles, le chiffre à suivre n'est donc pas le total cumulé, qui ne peut qu'augmenter, mais le nombre de morts par édition depuis leur mise en place : zéro en 2024, zéro en 2025, un en 2026.

Article rédigé par Maxence Gaudin

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